L’adieu aux Françoise

Cela fait un moment que je n’ai pas partagé ici mes découvertes généalogiques, et j’ai en fait gardé pour moi une information intéressante que j’avais l’intention de partager il y a deux ans, mais la vie m’a rattrapé et m’a obligé à me concentrer sur autre chose. Je vais donc vous faire part de ce que j’ai découvert.

J’ai fait une découverte surprenante : Simon Joseph Turbé, également connu sous le nom de Joseph Simon Turbé, mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père et celui qui a introduit le nom de famille Turbé à Saint-Barthélemy, était marié lorsqu’il s’est installé sur l’île. Non seulement il était marié, mais il avait aussi des enfants.

En fait, je suis tombé sur cette information le 6 janvier 2024, après avoir souscrit un abonnement à Geneanet pour 8 €. Je voulais voir quelles fonctionnalités supplémentaires seraient mises à ma disposition après mon inscription, et l’une d’entre elles était la possibilité de rechercher des membres de ma famille via des arbres généalogiques. J’ai vu apparaître une suggestion concernant Simon Joseph Turbé et cela a un peu piqué ma curiosité. J’étais persuadé qu’il s’agissait d’un arbre généalogique de l’un de mes cousins de Saint-Barth, qui sont très actifs sur ce site, mais il s’agissait en fait d’une personne originaire de France, et son lien avec moi passait par un enfant dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Je ne connaissais pas non plus la mère de cet enfant. J’étais persuadé qu’il devait y avoir une erreur, car comment une femme et un enfant auraient-ils pu échapper à mes recherches, même après avoir retrouvé le baptême et les parents de Simon Joseph Turbé ?

Je me suis mis à la recherche des documents mentionnés dans le profil. Heureusement, l’abonnement payant à Geneanet propose une fonctionnalité qui facilite la recherche de ces documents. Il y avait environ cinq liens qui renvoyaient vers différentes sections des archives de la Loire-Atlantique, et je crois que c’est grâce au troisième ou au quatrième lien que j’ai finalement trouvé le document que je cherchais.

AD 44, page 8 – Archives départementales Loire-Atlantique

Dans les registres figurait Joseph Turbé, mineur, fils de Simon Turbé et de Françoise Maurice. Le document indique que Joseph est né à Couëron et que le mariage a eu lieu à Paimbœuf, qui n’est pas très loin de Couëron. D’après mes propres recherches sur Simon Joseph Turbé, je sais que son père, Simon, est né sur l’île d’Yeu et s’est ensuite installé à Couëron après le décès de sa première femme et de sa fille. Cela correspond, je ne peux donc pas nier que mon arrière-grand-père ait effectivement épousé cette femme.

Qui était donc cette mystérieuse épouse ? Elle s’appelait Jeanne Perrine Simon. Jeanne est née à Paimbœuf le 25 septembre 1770, fille de François Simon et de Jeanne Moreau.

Simon Joseph et Jeanne Perrine se sont mariés le 3 décembre 1792. Leur fille Jeanne Françoise Joséphine Turbé est née le 5 avril 1792. Je pense qu’ils se sont mariés parce qu’ils avaient un enfant. Un an plus tard, ils ont eu une autre fille, Victoire Turbé, née le 25 août 1793. Malheureusement, Victoire est décédée le 12 août 1794, avant même d’avoir atteint l’âge d’un an. Je suppose qu’à un moment donné entre 1794 et 1799, Simon Joseph Turbé a décidé de quitter sa famille pour les Antilles. Sa femme savait-elle qu’il l’avait quittée, ou a-t-elle supposé qu’il partait en voyage et qu’il n’était jamais revenu ?

La jeunesse de Jeanne Françoise Joséphine fut marquée par le chaos. Elle perdit sa petite sœur, son père quitta le foyer familial, elle perdit son grand-père paternel en 1797, puis, le 15 juillet 1799, elle perdit sa mère. Jeanne Perrine Simon est décédée trois mois seulement après le mariage de Simon Joseph Turbé avec Anne Rose Jeanne Greaux à Saint-Barthélemy, alors qu’il profitait de la vie conjugale dans les Caraïbes ; la famille qu’il avait laissée derrière lui était en train de se désagréger.

Il y avait la petite Jeanne Françoise Joséphine, âgée de 7 ans et orpheline, bien que son père ne fût pas réellement décédé. On la retrouve plus tard vivant chez la mère de son père, Françoise Maurice, à Couëron. Entre 1802 et 1806, son père eut cinq autres enfants à Saint-Barthélemy, des demi-frères et demi-sœurs que Jeanne Françoise Joséphine ne rencontrerait jamais, et encore moins connaîtrait.

Le 7 février 1814, avant son 22e anniversaire, Jeanne Françoise Joséphine épousa Julien François Chartier à Couëron.

France, Loire-Atlantique, Etat-Civil, 1792-1960

Le document indique que Jeanne Françoise Joséphine est la fille majeure de feu Joseph Turbé et de défunte Jeanne Perrine Simon, ce qui laisse supposer qu’ils le croyaient mort depuis de nombreuses années, lorsqu’il s’était rendu aux Antilles. Sa grand-mère, qui était sa tutrice légale, est mentionnée comme étant présente et ayant donné son consentement à son mariage avec Julien François Chartier.

Revenons un peu en arrière. Simon Joseph Turbé avait 23 ans à la naissance de sa fille Jeanne Françoise Joséphine. Il avait 24 ans lorsqu’il épousa sa mère, huit mois plus tard. Pourquoi ont-ils attendu si longtemps pour se marier ? Nous sommes en 1792 à Paimboeuf, en France. Paimboeuf est un avant-port de Nantes. La Loire est trop peu profonde pour que les grands navires puissent atteindre Nantes, ils devaient donc accoster à Paimboeuf. La ville avait une culture de la taverne, avec de nombreuses auberges et débits de boissons pour les nombreux marins, marchands et soldats venus de partout. 1792 était également l’an I de la République française ; le pays était en guerre avec la majeure partie de l’Europe, et le gouvernement commençait également à enrôler de force les jeunes hommes dans la marine et l’armée. Ce qui pourrait expliquer comment Simon Joseph Turbé s’est retrouvé sur un navire à destination de Saint-Barthélemy. En 1792, le mariage était encore largement un arrangement social et économique. Simon Joseph a probablement été contraint d’épouser Jeanne Perrine Simon, qui avait 21 ans à la naissance de Jeanne Françoise Joséphine. Une mère célibataire à cette époque était très mal vue, et sa famille a sans doute exigé qu’il remédie à cette situation. On imagine donc Simon Joseph se lançant peut-être dans ce mariage à contrecœur, tout en se trouvant dans une ville dotée d’un port, une situation très tentante pour quelqu’un qui aurait pu être contraint d’épouser une femme dont il n’était même pas sûr que l’enfant soit le sien.

Malgré les revers qu’elle a connus dans sa jeunesse, Jeanne Françoise Joséphine a eu dix enfants avec son mari ; elle est décédée le 23 juin 1849, à l’âge de 57 ans. Ses enfants sont nés à Couëron entre 1814 et 1822, date à laquelle la famille s’est installée à Nantes. Les cinq derniers enfants sont nés à Nantes, et parmi les descendants de Jeanne Françoise Joséphine figurent les Chartier, les Bedin, les Balcou, les Gillot, les Bretonnière, les Merlet et les Jean.

Je me suis souvent émerveillé de voir comment mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père a quitté la France pour l’inconnu, s’est installé à Saint-Barthélemy et a fait connaître le nom des Turbé sur l’île ; et le fait de connaître son histoire, sa vie avant les Caraïbes, me donne une image plus complète de qui était cet homme. Même si, personnellement, je trouve cela un peu dérangeant, j’ai du mal à ne pas éprouver de la compassion pour cette petite fille qui a été abandonnée par son père.

Mais avait-il complètement oublié sa fille ? Est-ce que je ne fais que idéaliser le passé ? En 1806, il a donné à une fille née à Saint-Barthélemy le nom de Françoise Joséphine Turbé. C’était sa dernière fille et son dernier enfant ; quelle ironie que sa première et sa dernière aient des prénoms si proches.

Commentaires

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Crucianize

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture